Xihongshi

Mes tomates, mes bouquins et moi

21 février 2007

Un peu de Lao She pour fêter la nouvelle année

J'ai un problème psychologique, que je vous avoue ici sans honte : j'aime bien les compliments, enfin, en général, je les préfère aux insultes, je ne sais pas pourquoi, je me sens plus à l'aise... Vous croyez qu'il faut que j'aille témoigner chez Delarue?

Et donc, s'il y a quelqu'un qui n'est pas avare de compliments sur ce blog, c'est bien Vanessa, qui m'a fait rougir à deux reprises sur ce blog, avec son flot d'éloges aussi sympathique qu'injustifié... Pour le rougissement, il faut pas s'inquiéter, je suis TOUJOURS rouge, plus ou moins (l'hiver, je tire sur le violet), je ne perds mes couleurs que lorsque je tombe dans les pommes... rouges. C'est parfois assez gênant, parce que les gens croient que je rougis, alors que non, mais du coup ça me gêne qu'ils le croient, alors je rougis, et là ils voient bien la différence (je deviens entièrement rouge, front, oreille, nez y compris).

Revenons à nos moutons (enfin à mes moutons, on n'a pas gardé les moutons ensemble, non?). Vanessa me flatte outrancièrement, et me demande de parler de l'année du cochon de feu, et bien je m'exécute, et avec plaisir encore!

Je vais donc vous offrir un extrait d'un de mes livres préférés : Quatre générations sous le même toit, de Lao She, qui raconte la vie d'une famille (d'où le titre) pendant l'occupation japonaise, dans une hutong (ruelle de maisons carrées, en gros) typique de Pékin, qui s'appelait alors Beiping (la Paix du Nord, maintenant, c'est simplement la Capitale du Nord).

Et comme sous l'occupation allemande, il y a des résistants, des collabos, ceux qui s'enfuient pour rejoindre l'armée, ceux qui deviennent communistes, ceux qui font de l'espionnage, ceux qui trahissent leur famille pour être fidèles à leur pays, ceux qui s'enrichissent, ceux qui essaient de survivre, ceux qui travaillent pour d'autres étrangers... Et il y a aussi les enfants, qui ne savent pas trop ce qui se passe, des histoires d'amour compliquées, et Vieux Qi, l'arrière-grand-père, le personnage central, plein d'humanité et de nostalgie du vieux Pékin...

Voici un passage sur le Nouvel An, vécu par le voisin lettré M Chang, de la même génération que Vieux Qi.

"Chaque premier de l'An à minuit, il portait le dieu en procession, offrait un sacrifice aux ancêtres, puis il mangeait un nombre incalculable de raviolis végétariens à l'huile de sésame, la vraie, faite à la petite meule. Quant à la viande de porc, il la gardait pour le deuxième jour de l'année lunaire, après l'offrande aux dieux de la richesse, pour le potage aux raviolis. Après avoir mangé ses raviolis végétariens, il veillait toute la nuit. Il ne jouait pas d'argent, n'avait d'autre occupation que de veiller coûte que coûte pour empêcher le feu de s'éteindre.

[...] Cette année, il ne s'était pourtant pas rendu au Temple de la Grosse Cloche et n'était pas venu en ville non plus pour souhaiter la bonne année. Son univers avait tellement changé qu'il n'avait plus de repères. La nuit, au loin, on entendait toujours des fusillades et parfois des coups de canon. "

Il décrit aussi énormément d'autres fêtes et coutumes qui commençaient déjà à disparaître, ce qui me donne une furieuse envie d'aller visiter Pékin en 1930... Cela me rappelle un chauffeur de taxi qui nous avait emmenées je ne sais plus, et qui nous avait dit que ce n'était pas maintenant qu'il fallait venir, qu'il y a vingt ans, c'était bien plus beau, pas d'un ton empreint de nostalgie, mais plutôt d'une voix ferme, voire légèrement agressive, comme si nous avions fait une bêtise...

En tout cas, pour tous ceux et celles qui aiment les sagas familiales bien écrites (parce que même traduit, Lao She a un style!), qui font pleurer un petit peu et qu'on lit d'une traite (enfin presque, il y a quand même près de deux mille pages, mais c'est vraiment facile à lire, promis), et en plus dans un superbe coffret qui fait joli sur une étagère, achetez-le! Je l'ai déjà lu trois fois, et là évidemment, je sens que vais me lancer dans la quatrième! (Apparemment le beau coffret avec les trois tomes est indisponible, mais on peut les acheter séparément)

Et pour ceux qui veulent en savoir plus sur les fêtes chinoises et ce qu'on y mange, je vous conseille "Fêtes et Banquets en Chine", aux éditions Picquier, il y a même des recettes (plutôt du Sud de la Chine).

Quant à moi, pour Chuxi (le réveillon, c'est à dire samedi soir dernier), j'ai préparé un plateau-repas vite fait mais de circonstances pour mon homme :

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19 septembre 2006

Le pont du chinois II

Après un suspense insoutenable, la suite de l'histoire:

Il a donc fallu que je réponde à une interview, à Marseille, avec une de mes profs de fac. J'ai été filmée en train de dire que je souhaitais bonne chance à tous les candidats, et d'autres trucs dont je ne me souviens pas du tout (sûrement que le chinois était une langue passionnante, que j'étais très contente d'avoir été choisie etc., ce qui était d'ailleurs vrai). Ensuite, le journaliste, le représentant de l'ambassade de Chine, ma prof et moi-même allâmes nous en jeter un petit, et je dus expliquer ce qu'était cette "boisson de jeunes" que j'avais commandé, c'est à dire un simple pac à l'eau.

J'ai pris le TGV et ai passé la nuit à Paris chez ma copine Lili, où (contrairement à la première nuit que j'avais passée chez elle) il n'y eut pas de court-circuit, mais simplement une petite inondation.

Le matin, je partis comme une grande, par le métro et le RER, jusqu'à l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle. A peine sortie dudit RER, je tombai dans les bras de mon ancienne prof à Pékin! Je savais qu'elle enseignait en France, mais je n'aurais pas pu imaginer que ce jour-là son mari rentrait en Chine après quelques jours de vacances passés auprès de sa femme, ni qu'elle-même avait organisé les sélections pour le Pont du Chinois à Paris VII!

Je me suis donc retrouvée assise dans l'avion à côté du mari de ma prof et d'un cadre dynamique chinois très sympa, et le voyage passa assez vite (bon Air China, ça ne vaut pas Air France niveau qualité du service, mais à cheval donné on ne regarde pas les dents).

A l'arrivée, je recherchai activement des panneaux avec mon nom, et retrouvai ainsi deux autres candidats, celui représentant Paris VII, et celle représentant la Tunisie, qui, encore une ENORME coïncidence, se trouvait être elle aussi une ancienne locataire du quatrième étage du dortoir des filles boursières de la BLCU en 2001, et que je connaissais donc (à l'époque elle et trois de ses compatriotes formaient un joyeux quatuor à l'autre bout du couloir).

Mais je n'étais pas au bout de mes surprises : près des panneaux, un comité d'accueil avec gros bouquets de fleurs, caméra et perche nous attendait.

Car toute notre aventure allait être filmée! J'avoue que je n'avais pas vraiment pris toute la mesure de l'événement avant d'être arrivé à Pékin...

L'équipe d'encadrement était formée de profs de chinois et de représentants du bureau de l'éducation, tous réellement sympathiques et aux petits soins avec les 50 candidats issus de 21 pays que nous étions.

Le premier soir, après une petite douche, je suis allée rejoindre les autres candidats déjà arrivés, qui étaient relativement peu nombreux. La majorité d'entre eux étaient musulmans, donc nous avons tous eu droit à un repas hallal et à une petite discussion fort sympathique, notamment avec deux candidates malaises adorables (avec qui je devais passer la plus grande partie de mon temps pas la suite), dont l'une était musulmane et l'autre bouddhiste. Nous expliquions chacun notre tour quelle était notre religion (on a même eu un mormon) avec les interdits alimentaires dont elle s'accompagnait, et quand ce fut mon tour, j'annonçai que j'étais athée.

Alors, ma copine bouddhiste au look garçon manqué s'exclama : "C'est génial, tu peux manger tout ce que tu veux!"

Et il faut dire que je ne m'en suis pas privée pendant tout le voyage.

Suite au prochain épisode.

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18 septembre 2006

Le pont du chinois I

Je continue à jouer les anciennes combattantes, en vous racontant cette aventure qui m'est arrivée en 2002. C'est Mamina qui m'y a fait penser avec son histoire sur Bocuse (je crois que tout le monde l'envie, il suffit de voir le nombre de commentaires). Je vous livrerai l'histoire en feuilleton, les posts seront moins longs, ça me permettra de me reposer les mains, et d'intercaler une ou deux recettes.

2002 : l'été de la chance. C'était le 27 mai, jour de mon anniversaire. Je venais de trouver un boulot pour l'été, qui s'avéra être à la fois le job le plus idiot et le plus intéressant qu'on puisse trouver. Je vous explique : j'avais été engagée comme hôtesse d'accueil/agent de sécurité (sic) par une société de sécurité pour le festival d'art lyrique d'Aix-en-Provence, à deux pas de notre studio d'étudiants, et je devais commencer le 1er juin.

Mon travail consistait à ne pas accueillir les gens : j'étais devant un bâtiment, en uniforme d'hôtesse. Forcément les gens s'approchaient pour demander ce qu'il y avait à visiter, et je devais leur répondre qu'il n'y avait rien à voir et que l'entrée était interdite...

Evidemment, si je n'avais pas été là, personne n'aurait pensé à entrer... De temps en temps, il fallait que je fasse une ronde avec des vrais agents de sécurité (dont un vrai abruti, qui essayait toujours de trouver un prétexte pour remettre mon badge en place...), avec un talkie-walkie, des chaussures à talons et une jupe droite, très pratiques pour empêcher des individus mal intentionnés de commettre un quelconque forfait. Une fois même, il avait fallu que j'aille, toujours vêtue de la même manière, dans la cambrousse pour surveiller un site où tous les autres employés (y compris pour l'entretien et la restauration) étaient des hommes.

Ce travail était donc complètement inutile et stupide, mais son côté intéressant, c'est que je ne fus pas la seule à remarquer son inutilité et sa stupidité : ceux qui m'avaient embauchée aussi se rendirent compte que ce qu'il leur fallait, c'était justement des hommes. Donc, après un mois de "travail" (j'avais le droit de m'asseoir et de faire des mots croisés ou de lire, c'est déjà ça), je n'ai plus rien eu à faire. Et comme j'avais signé un contrat de deux mois, j'ai eu droit à un mois de salaire pour rester chez moi! Si c'est pas un super boulot, ça?

Mais revenons avant que je ne commence le travail, le 27 mai. Je reçois un coup de fil, rien de bien étonnant en un tel jour, et je m'empresse de répondre. C'était le lecteur de chinois de la Fac qui m'appelait, pour savoir si, par hasard, cela m'intéresserait de partir douze jours en Chine au mois d'août, tous frais payés? parce que le gouvernement chinois a organisé un concours et nous devons présenter un de nos étudiants, et nous avons pensé que vous étiez la meilleure pour y participer.... Ma modestie en prit un coup, car je pensais qu'il y avait au moins un élève meilleur que moi, mais il avait dépassé l'âge autorisé pour participer. Il faut dire que nous n'étions pas extrêmement nombreux, et il n'était pas rare, quand les cours avaient lieu tôt le matin, que la classe se limitât à deux ou trois élèves.

Après une très longue hésitation d'un dixième de seconde, j'acceptai de représenter mon université et mon pays au grand concours "Pont du chinois".

Mon prof (c'est affreux, je ne me rappelle plus son nom, le seul qui me vienne à l'esprit, c'est Gao Wende, un prof imaginaire de la méthode de chinois du Cned), m'expliqua tout plus en détails : ce serait un concours en trois parties, avec des bourses d'études à la clé (je casse tout de suite le suspense, je n'ai rien gagné). Il faudrait d'abord répondre à des questions sur la culture chinoise, puis réciter un petit speech, et ensuite, présenter quelque chose en rapport avec la Chine : démonstration de kung-fu, calligraphie, danse, exécution d'un morceau de musique etc...

J'avais pris des cours de calligraphie l'année précédente et j'adorais ça (c'est dommage que je n'en fasse plus), mais même si mon prof m'avait gratifié d'un "Lu Fanni, tu n'écris pas comme une occidentale", ce qui était un énorme compliment (bien évidemment, j'aurais préféré qu'il dise que j'écrivais comme une chinoise, mais ce n'était malheureusement, et objectivement, pas le cas) je ne me sentais pas capable d'écrire devant tout le monde, d'autant plus que parmi les autres candidats, il y aurait des japonais bien plus à même de produire une belle calligraphie.

Je décidai donc de chanter une chanson que j'avais apprise en troisième, Xiaofang, qui raconte les adieux d'un jeune lettré à la jeune paysanne qu'il a aimée lors de sa "rééducation" à la campagne.

Pendant le mois de juin, je profitais de mon boulot nul pour réviser les questions de culture générale, pour remplir toutes les formalités (visa, documents à remplir pour le Hanban, l'organisme en charge de promouvoir l'apprentissage du chinois...), et même de répondre à une interview!

Suite au prochain épisode.

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14 septembre 2006

Des photos de Chine pour fêter le 10000ième visiteur!

Finalement, mon petit blog commence à avoir pas mal de visiteurs, la preuve :

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Pour l'occasion, je vous offre un petit cadeau, quelques photos culinaires prises en Chine par mes amies Lili et Anne, lors de notre mémorable stage et colocation à Pékin en 2004.

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Un festin de fruits : pastèques et melons variés, mangoustans (le fruit qui ressemble à un kaki noir), litchis (les plus fabuleux que j'aie jamais mangés), papayes...

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Et ce fruit, dont je ne me rappelle plus le nom, pas même en chinois, et qui n'a pas beaucoup de goût (sinon, je m'en rappellerais!), et que nous appelions "fruit en forme de cloche"

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Quelques maki sushi (oui, les sushi c'est japonais, mais on en trouve très facilement à Pékin et ceux-ci nous avait été apportés par ce cher Seb, d'où la thématique de la soirée "Belles et Sébastien")

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Un fruit du dragon (si vous n'en avez jamais goûté, vous perdez quelque chose : c'est frais, c'est délicat, c'est délicieux, et en plus c'est beau!)

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Du riz glutineux (je crois que c'était à Wangfujing, mais pas sûr)

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Là, c'est sûr c'est à Wangfujing, et j'ai mangé de ces scorpions-là (pas goûté l'hippocampe ni l'étoile de mer, mais ce sera pour la prochaine fois)

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Des brochettes de larves : celles-là ne sont pas très bonnes (on dirait de la cellulose), mais j'en ai mangées de pas mauvaises du tout dans un restaurant du Yunnan où tout était magnifique et très bon (je crois que c'était des larves de bambou)

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Alors là il faut que j'explique, nous avons deux plats délicieux :

-à gauche des hongchao qiezi, des aubergines cuites dans une sauce à base de soja : je crois que c'est la meilleure façon de cuisiner les aubergines

- juste derrière, c'est le fameux kaoya, le canard laqué pékinois, dont on mange surtout la peau, roulée dans des galettes de blé, avec la sauce qu'on voit à droite, et des lamelles de concombre et de cébette.

Ces deux plats sont très gras, comme beaucoup de plats chinois (du nord surtout), donc souvent les filles refusent d'en manger, ou pire, essuient les morceaux de viande ou de légume avant de les manger, ce qui est une aberration, parce que c'est trop bon comme ça.

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Une fondue mongole : des légumes et de la viande cuits dans un bouillon et trempés dans une sauce au sésame divine

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Des baozi, ces petits pains farcis (personnellement je préfère les végétariens) et cuits à la vapeur, que j'apprécie plus particulièrement le matin quand il fait très froid, à la récré (oui, à la fac, on avait une récré, et un couple de vendeurs arrivait avec un chariot plein, qui était très vite vidé).

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Je ne me rappelle plus quel plat c'était, mais ce qui est sûr, ce que cette photo a été prise dans un resto qui cumule trois particularités:

- il fait les meilleures nouilles sautées (les meilleures que j'ai goûtées, mais il me faudrait plusieurs vies pour tester tous les restos de Pékin)

- il rend malade (à chaque fois que j'y suis allée, j'ai été bien bien malade après, du genre qui fait se tordre le ventre et courir dix fois aux toilettes...)

- et last but not least, on y a une vue incomparable sur le coiffeur d'à côté, vu que la fenêtre intérieure donne sur son salon! Le truc rond et marron qu'on voit au milieu de la photo, c'est bien un sèche-cheveux pour permanentes...

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Un petit poisson grillé, qui appartenait aussi, si je ne me trompe, à Seb, et qui fut mangé lors d'un pique-nique mémorable au bord du lac Houhai.

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Un plat rigolo, qu'on a pris juste pour son nom (un truc du genre "phénix de l'impératrice en carrosse"), c'était pas terrible, mais il y avait d'autres plats délicieux dans ce restaurant cantonais, juste en face de la sortie est du grand magasin Kenzo (rien à voir avec la marque de fringues, c'était un genre de galeries Lafayette, avec un grand supermarché au rez-de-chaussée), notamment des coquillages élevés en aquarium...

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Des pai huangua, des concombres tapés avec le plat du couteau, avec du vinaigre et de l'ail.

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Et pour finir, parce qu'en Chine on ne mange pas que chinois, un bulgoki, un barbecue coréen dégusté dans le quartier de la BLCU (mon ancienne fac), qui s'est développé à une vitesse considérable depuis que la ligne 3 du métro a été construite.

Voilà, j'espère que ces photos vous auront plu, et merci à Anne et Lili!

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09 septembre 2006

La bibliothèque de la BLCU

A la demande générale de mon amie Anne, encore un souvenir de Chine.

Il faut savoir que je suis une lectrice assidue, et que je ne peux pas pratiquement pas vivre sans livres. J'en ai plusieurs centaines qui débordent des placards et que j'ai lus plusieurs fois pour la plupart (je suis obligée de limiter mes achats, pour des raisons de place et de porte-monnaie). Mes listes de cadeaux de Noël consistent généralement en une suite de titres, j'écume les bouquinistes et essaie d'éviter les librairies qui sont pour moi pires que des boulangeries niveau tentation. J'ai pas mal fréquenté les bibliothèques, cependant c'est extrêmement frustrant pour moi de devoir rendre les livres et je finis en général par les acheter...

Mais comment faire alors quand on doit passer plusieurs loin de chez soi et de ses chers bouquins, et qu'on a droit à 23 kg de bagages seulement?

On en emporte un peu, des gros dont on sait que la relecture sera un plaisir (en 2000, quelques John Irving, en 2004, le Jin Ping Mei) mais ça ne dure pas longtemps. Ensuite on emprunte les bouquins des copines, et des copains.

Et au mois de décembre 2000, après avoir fait connaissance avec la délicieuse Lili, habitante de la chambre presque en face, on va à la bibliothèque de la Fac, la BLCU, Beijing Language and Culture University, autrefois connue sous le nom de Yuyan xueyuan, où étudièrent les fameux Gubo et Palanka, qui sont les Daniel et Valérie de l'étudiant en chinois...

Mais d'abord, une petite disgression sur ma chambre, sise au quatrième étage (le cinquième pour les chinois qui comptent le rez-de-chaussée) de l'immeuble des filles boursières, et qui porte ce numéro fantastique :508. Si vous vous demandez pourquoi c'est si fantastique d'habiter la chambre 508, sachez que ce numéro se prononce wu yao ba, ce qui est extrêmement proche phonétiquement de wo yao fa, phrase qui veut dire je vais gagner de l'argent! Alors que j'aurais très bien pu tomber sur la chambre 504, wu yao si, très proche de wo yao si, je vais mourir...

Toujours est-il qu'au bout de quelques mois, j'étais à court de livres, et même si je peux lire en chinois, ça me fatigue un peu (c'est toujours écrit tout petit), en anglais, les bouquins étaient un peu trop chers (l'immeuble des boursières, j'ai dit!) et puis quand je suis en Chine, j'ai envie de camembert, de chocolat et de blanquette de veau, et aussi de lire en français! Je suis une fille contrariante, parce que maintenant je rêve de véritable kaoya (promis je fais un post sur tous les mots mystérieux dans très peu de temps, mais si vous voulez avoir une petite idée, copiez-collez et faites une recherche), de hongchao qiezi, de huanggua jidan, de musu rou, de jingjiang rousi, de zha xian nai, de baozi, de jiaozi etc...

Et soudain j'eus une idée lumineuse : aller à la bibliothèque (oui, il m'a fallu trois mois, je sais...) et faire établir une carte de prêt. Comme les campus chinois sont de vraies petites villes avec des dizaines de restos, de magasins, d'étalages de fruits et légumes (si jamais quelqu'un de la BLCU me lit, j'aimerais bien savoir s'il faut toujours acheter ses tickets de cinéma chez le marchand de fruits pour ne payer que 12 kuais au lieu de 25), je suis allée me faire tirer le portrait chez Kodak pour pouvoir faire cette fameuse carte porteuse de promesses.

Ce serait une litote que de dire que la dame de l'accueil n'était pas très accueillante. Elle avait l'oeil torve, le cheveu roussâtre et filasse, les lèvres plus bas que le menton, et un regard pas exactement illuminé de joie de vivre. Et cela ne s'est pas arrangé avec le temps.

En effet, nous avons pu découvrir un immense rayonnage de livres en français, y compris des traductions de romans chinois ou russes, tous plus poussiéreux les uns que les autres. Nous avions droit à 5 livres par semaine, et je lisais donc 5 livres par semaine, au grand désespoir de notre accorte hôtesse. Car ces livres en français, avec toute leur poussière, n'avaient pas quitté la bibliothèque depuis des lustres, et n'étaient donc pas répertoriés dans le registre informatisé. Notre garde-chiourme ex-garde-rouge (vu son âge, c'est plus que certain) se voyait donc contrainte de prendre le livre en parsemant au passage pas mal de poussière sur sa splendide blouse marron synthétique, et d'en noter les références dans une langue bizarre pleine d'accents, avant de nous les tendre, sans dire un seul mot ni esquisser le moindre sourire, et ceux cinq fois d'affilée, une fois par semaine (le vendredi en général, juste pour lui donner envie d'être en weekend).

Mais j'ai pu lire tout Balzac, le Rêve dans le Pavillon Rouge, pas mal de livres chinois (y compris quelques ouvrages polémiques consacrés aux "événements "de 89), et puis quelques bouquins en anglais, parce que je suis contrariante!

Et j'aimerais bien retourner faire un tour dans cette bibliothèque, pour voir si le cerbère féminin y travaille encore (c'est impressionnant à quel point je me rappelle son visage!).

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05 septembre 2006

Mao, la Chine et moi

Je suis en train de regarder le reportage sur Mao (sur Arte), et des tas d'idées me passent par la tête. Encore une bouffée de nostalgie chinoise... J'ai adoré vivre en Chine, je m'y suis sentie pleinement moi, peut-être parce que je vivais seule pour la première fois, peut-être aussi parce que partir en terre inconnue permet de faire ressortir des aspects de sa propre personnalité qu'on ignorait. Le jour de mon départ, j'étais triste de quitter ma famille et mon homme, j'ai pleuré pendant pratiquement tout le trajet (même en avion, c'est long), mais j'avais terriblement envie de découvrir ce pays, dont j'avais commencé à apprendre la langue à l'âge de treize ans. Et cette sorte de déchirement ne me quitte malheureusement plus.

Je me souviens d'une conversation avec ma mère et ma grand-mère, ce devait être il y a deux ans environ, juste avant mon nouveau départ pour un stage de trois mois. Nous étions allées manger toutes les trois dans un restaurant vietnamien et la soirée avait été très animée. Ma grand-mère nous avait raconté des tas d'anecdotes sur mon grand-père que je n'ai pas connu, et pour une fois, elles étaient inédites (j'ai toujours adoré écouter les histoires de ma grand-mère, mais certaines revenaient plus souvent que d'autres). J'avais déjà entendu plusieurs fois le coup des côtelettes le jour des allocs (famille nombreuse oblige), leur re-rencontre plusieurs années après leur premier baiser..., mais j'ai découvert les combines pour ne pas payer l'électricité et d'autres aspects anarchistes assez drôles de mon aïeul.

A l'époque, mon homme et moi projetions de nous installer en Chine après mon stage, et nous nous étions dit que ce serait fantastique si maman et mamie venaient nous rejoindre pour au moins deux semaines de vacances. Je m'imaginais déjà, jouant le guide pour toutes les deux. Nous étions toutes trois pleines d'enthousiasme : je leur parlais des parcs, des temples, des restaurants, des marchés... Ma grand-mère avait fini le repas par une énorme assiette de beignets de fruits sous nos yeux médusés, parce qu'elle était extrêmement gourmande (comme ma mère et moi d'ailleurs, mais nous avions plutôt privilégié le sucré).

Ce voyage-là n'aura jamais lieu. Quand j'y pense, c'est étrange, mon premier voyage en Chine, ce n'était pas non plus seule que je voulais le faire. Et même mon apprentissage du chinois, ce n'est pas vraiment moi qui l'ai décidé. C'était la fin de la cinquième, je devais choisir ma troisième langue et j'hésitais entre le chinois et le latin. Je déteste choisir. Choisir, c'est éliminer tout un monde possible.

Finalement je consultai mon amie Polie, qui hésitait elle aussi. Nous prîmes la décision de nous inscrire dans les deux matières toutes les deux, mais à la rentrée, j'étais la seule à l'avoir fait. Et pendant cinq ans, nous avons suivi nos cours de chinois ensemble, (et moi mes cours de latin sans elle), en rêvant au jour où nous irions en Chine. A la fac, j'ai choisi le chinois, elle a choisi la médecine, mais le projet était toujours là, elle a même assisté à quelques cours avec moi.

A la fin de la première année, pendant les vacances d'été, elle a eu un accident de voiture et nous a quittés. Il ne se passe pas un jour sans que je pense à elle. Notre meilleur ami Vincent s'est marié ce weekend, et nous, ses amis, étions tous joyeux, mais je sais que, même si nous avons encore du mal ne serait-ce qu'à prononcer qu'à prononcer son prénom, huit ans après, nous pensions tous la même chose, d'autant plus que ses parents, un des plus adorables couples du monde, étaient là.

Je voulais raconter mes souvenirs de Chine et voilà que ça tourne à la rubrique nécrologique : Polie, Mamie, Maman, mes trois compagnes de voyage hypothétiques dans le même cimetière...

Cela ne m'empêchera pas d'être heureuse. Le bonheur, pour moi, c'est une force qu'on a en soi, ça ne dépend pas des éléments extérieurs. Je suis horriblement triste, mais je suis heureuse.

Et j'ai des envies. J'ai envie de retourner en Chine, de retrouver cette atmosphère particulière, cette vie extérieure. C'est cela que je préfère là-bas, le fait que tout le monde vive dehors, le fait aussi que toutes les générations se mélangent. Je déteste notre ségrégation par âge. Peut-être justement parce que j'ai une famille très très nombreuse (14 oncles et tantes "directs" plus les maris, femmes, ex-maris, ex-femmes qui restent quand même des tontons-tatas, 39 cousins-cousines, des grands-oncles, des grands-tantes, des petits-cousins....) et que tout le monde s'est toujours mélangé, j'ai du mal à supporter cette volonté de séparer les jeunes et les vieux, les enfants et les adultes...

J'aime les parcs chinois parce que le matin, les personnes âgées y font leurs exercices, que la journée, elles y promènent leurs petits-enfants, jouent de l'accordéon, chantent, dansent et tracent des caractères sur le sol avec d'énormes pinceaux mouillés.

J'aime regarder les couples envahir le moindre espace libre le soir après le travail, pour danser la valse. J'aime les gens qui font les courses en pyjama ou en robe de soirée. J'aime les ados aux cheveux décolorés qui portent des pantalons roses pattes d'éph, les jeunes filles maigrichonnes avec leurs robes à volants et leurs ombrelles en dentelle.

J'aime la façon qu'ont les femmes d'enfourcher leur vélo sur le côté après un arrêt, les pantalons fendus des bébés, les vieux qui jouent aux échecs, leur bocal de thé posé à côté d'eux.

J'aime les chauffeurs de taxi. Le premier qui m'a emmenée m'a arnaquée, et m'a même proposé de venir vivre chez lui au lieu de gaspiller mon temps à aller à la fac. Il faisait un temps franchement dégueulasse, un ciel marron comme je n'en ai vus qu'à Pékin. Ce n'est pas une ville dont la beauté saute aux yeux, elle s'apprivoise petit à petit, son immensité est déconcertante. Pourtant, je m'y suis sentie très vite chez moi.

Quelques autres m'ont marquée : celui qui nous a longuement expliqué que ce n'était pas maintenant qu'il fallait venir en Chine, mais il y a vingt ans, quand tout était plus beau et plus authentique, celui qui nous a demandé ce qu'on venait faire là alors que la France est un pays tellement magnifique, celui qui avait un visage d'ange et qui n'osait pas nous parler, celui qui nous a demandé un supplément parce qu'il neigeait à Tianjin... Ceux qui nous parlaient du romantisme de la France, de Zidane, Platini, De Gaulle, Mitterrand et Napoléon, ceux qui nous pressaient de questions sur la France, les salaires, les relations hommes-femmes, la politique, ceux qui écoutaient des xiangsheng à la radio (des dialogues comiques pleins de jeux de mots incompréhensibles), ceux qui conduisaient comme des malades (tous en fait), ceux qui fumaient comme des pompiers, les taiseux, les bavards...

Pour en revenir à Mao, j'ai pas mal étudié son oeuvre (!) et je ne me risquerai pas à en parler ici. Le reportage est arrivé à la fameuse histoire des moineaux que tout le monde devait chasser, un des épisodes absurdes d'une période absurde. Il y a d'ailleurs une très belle scène de chasse aux moineaux dans Le cerf-volant bleu, si cela vous intéresse. Et à part la lecture de dizaine de bouquins et le visionnage de quelques films, la plus grande influence de Mao dans ma vie quotidienne, c'est ceci :

mon_r_veil

Mon réveil avec le bras du garde rouge qui bouge, âprement négocié sur le marché de Qianmen, au sud de la place Tiananmen... et dont je ne me sers pas, parce qu'il faut le remonter et que je n'y pense jamais.

"Notre grand guide
Notre grand dirigeant
Vive le Président Mao!"

Posté par Lu Fanni à 21:38 - Chine - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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