J'ai un problème psychologique, que je vous avoue ici sans honte : j'aime bien les compliments, enfin, en général, je les préfère aux insultes, je ne sais pas pourquoi, je me sens plus à l'aise... Vous croyez qu'il faut que j'aille témoigner chez Delarue?

Et donc, s'il y a quelqu'un qui n'est pas avare de compliments sur ce blog, c'est bien Vanessa, qui m'a fait rougir à deux reprises sur ce blog, avec son flot d'éloges aussi sympathique qu'injustifié... Pour le rougissement, il faut pas s'inquiéter, je suis TOUJOURS rouge, plus ou moins (l'hiver, je tire sur le violet), je ne perds mes couleurs que lorsque je tombe dans les pommes... rouges. C'est parfois assez gênant, parce que les gens croient que je rougis, alors que non, mais du coup ça me gêne qu'ils le croient, alors je rougis, et là ils voient bien la différence (je deviens entièrement rouge, front, oreille, nez y compris).

Revenons à nos moutons (enfin à mes moutons, on n'a pas gardé les moutons ensemble, non?). Vanessa me flatte outrancièrement, et me demande de parler de l'année du cochon de feu, et bien je m'exécute, et avec plaisir encore!

Je vais donc vous offrir un extrait d'un de mes livres préférés : Quatre générations sous le même toit, de Lao She, qui raconte la vie d'une famille (d'où le titre) pendant l'occupation japonaise, dans une hutong (ruelle de maisons carrées, en gros) typique de Pékin, qui s'appelait alors Beiping (la Paix du Nord, maintenant, c'est simplement la Capitale du Nord).

Et comme sous l'occupation allemande, il y a des résistants, des collabos, ceux qui s'enfuient pour rejoindre l'armée, ceux qui deviennent communistes, ceux qui font de l'espionnage, ceux qui trahissent leur famille pour être fidèles à leur pays, ceux qui s'enrichissent, ceux qui essaient de survivre, ceux qui travaillent pour d'autres étrangers... Et il y a aussi les enfants, qui ne savent pas trop ce qui se passe, des histoires d'amour compliquées, et Vieux Qi, l'arrière-grand-père, le personnage central, plein d'humanité et de nostalgie du vieux Pékin...

Voici un passage sur le Nouvel An, vécu par le voisin lettré M Chang, de la même génération que Vieux Qi.

"Chaque premier de l'An à minuit, il portait le dieu en procession, offrait un sacrifice aux ancêtres, puis il mangeait un nombre incalculable de raviolis végétariens à l'huile de sésame, la vraie, faite à la petite meule. Quant à la viande de porc, il la gardait pour le deuxième jour de l'année lunaire, après l'offrande aux dieux de la richesse, pour le potage aux raviolis. Après avoir mangé ses raviolis végétariens, il veillait toute la nuit. Il ne jouait pas d'argent, n'avait d'autre occupation que de veiller coûte que coûte pour empêcher le feu de s'éteindre.

[...] Cette année, il ne s'était pourtant pas rendu au Temple de la Grosse Cloche et n'était pas venu en ville non plus pour souhaiter la bonne année. Son univers avait tellement changé qu'il n'avait plus de repères. La nuit, au loin, on entendait toujours des fusillades et parfois des coups de canon. "

Il décrit aussi énormément d'autres fêtes et coutumes qui commençaient déjà à disparaître, ce qui me donne une furieuse envie d'aller visiter Pékin en 1930... Cela me rappelle un chauffeur de taxi qui nous avait emmenées je ne sais plus, et qui nous avait dit que ce n'était pas maintenant qu'il fallait venir, qu'il y a vingt ans, c'était bien plus beau, pas d'un ton empreint de nostalgie, mais plutôt d'une voix ferme, voire légèrement agressive, comme si nous avions fait une bêtise...

En tout cas, pour tous ceux et celles qui aiment les sagas familiales bien écrites (parce que même traduit, Lao She a un style!), qui font pleurer un petit peu et qu'on lit d'une traite (enfin presque, il y a quand même près de deux mille pages, mais c'est vraiment facile à lire, promis), et en plus dans un superbe coffret qui fait joli sur une étagère, achetez-le! Je l'ai déjà lu trois fois, et là évidemment, je sens que vais me lancer dans la quatrième! (Apparemment le beau coffret avec les trois tomes est indisponible, mais on peut les acheter séparément)

Et pour ceux qui veulent en savoir plus sur les fêtes chinoises et ce qu'on y mange, je vous conseille "Fêtes et Banquets en Chine", aux éditions Picquier, il y a même des recettes (plutôt du Sud de la Chine).

Quant à moi, pour Chuxi (le réveillon, c'est à dire samedi soir dernier), j'ai préparé un plateau-repas vite fait mais de circonstances pour mon homme :

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